Préconisation 2 : investir dans la production nationale

Nous préconisons que la production nationale de masques soit considérablement augmentée, en mettant les industriels à contribution et en fournissant des incitations adaptées. Ceci s’applique d’ailleurs aussi à d’autres fournitures médicales…

Le point de vue du Docteur Réginald Allouche, diabétologue, qui rejoint le nôtre

Pourquoi ?

Dès la mise en place d’une obligation de protection faciale, il est facile pour tous de fabriquer son masque artisanal.

Si ces protections artisanales ont une efficacité certaine, et permettent de limiter la propagation du virus (cf. ci-dessous), elles ne seront pas aussi efficaces que des masques industriels.  Il faut donc s’assurer de la disponibilité progressive de ces masques de meilleure qualité.

La chaîne d’approvisionnement et notamment d’importation est fortement sous tension, et ceci avant même l’obligation de port du masque.  Cette obligation étant nécessaire jusqu’à la distribution d’un vaccin, ou une immunisation de groupe suffisante – ce qui prendra de nombreux mois – recourir uniquement à des importations massives et une petite production locale n’est pas durable.

Si les masques faits maison ont une filtration estimée à 50%, variable en fonction de la matière et la présence de filtre, les masques chirurgicaux jetables ont un pouvoir d’environ 80% et les masques FFP2 ou N95 de 95%

Plus le taux de filtration est élevé, plus la chance de limiter l’expansion de l’épidémie et donc de réduire son taux de réplication est élevé.

De combien de masques a-t-on besoin ?

Les masques et protections faciales, quels que soit leur nature, ne peuvent être utilisés plus de 4 à 6h chacun.  L’utilisation étant uniquement pour les sorties, les espaces publics et espaces à risque, en moyenne il faudrait d’un à deux masques par personne et par jour. Soit  théoriquement 60 à 100 millions par jour pour un pays comme la France.

Dans la réalité, dans les pays qui en font grand usage, les personnes les réutilisent, soit en y adjoignant un filtre, soit en attendant quelques jours entre deux utilisations, soit en les lavant, ce qui peut cependant diminuer leur pouvoir filtrant.  Donc en pratique, le nombre de masques nécessaires à la fabrication est bien inférieur.

Nous nous orientons donc vers un mix de masques tout d’abord faits maison puis graduellement remplacés par des masques jetables et des masques réutilisables. En fonction de ce mix, le nombre de masques nécessaire varie, mais une combinaison de l’ordre de 15 millions de masques par jour plus un masque réutilisable par Français devrait fonctionner.

Des masques plus sophistiqués pour un travail confiné dans un environnement où les distances entre travailleurs ne peuvent pas être respectées, ou utilisant des matériaux innovants, doivent se rajouter au dispositif.  De nombreuses sociétés y font déjà appel et organisent eux-mêmes leur approvisionnement ou production.

Il faut noter que la solution de masques lavables et réutilisables voire de masques plus sophistiqués présente un triple avantage :

  • A plus forte valeur ajoutée, il a plus de chance d’être produit sur le sol national,
  • Il remplace un nombre important de masques jetables,
  • Il est plus soutenable d’un point de vue environnemental sur la durée de cette épidémie.

Exemples : masques réutilisables en région Rhône-Alpes, plastiques anti-microbiens.

Des initiatives nationales

Un certain nombre de pays ont pris des initiatives pour augmenter la production nationale de masques. Le premier et principal pourvoyeur de masques au niveau mondial est bien sûr la Chine dont la production est passée de 10 à 150 millions par jour en février.

Même s’il n’existe pas de statistique récente, sous la pression de la forte demande mondiale et de l’augmentation des prix de marché qui en a résulté, le niveau de production actuel est certainement supérieur à 500 millions par jour. La Chine a exporté lors de ces dernières semaines 2 milliards de masques jetables à travers le monde. Sachant que sa population en porte de manière systématique, cela donne une idée du niveau de la production nationale et de l’effort qui a été accompli en à peine plus de 2 mois.

Un exemple est la société automobile BYD qui, en partant d’une production nulle, est montée à 5 millions de masques quotidiens en 4 semaines et produit désormais 15 millions de masques par jour (lire article).

Au Japon, la société Softbank a d’ailleurs fait appel aux capacités de production de BYD en Chine pour abonder de 10 millions par jour le nombre de masques disponibles (lire article).

Mais il existe un peu partout dans le monde des initiatives pour augmenter la production de masques. Au Maroc, par exemple, la production est déjà passée à 5 millions de masques par jour et continuera à augmenter dans les semaines à venir tant le masque, dont le port est rendu obligatoire, y est considéré comme un élément essentiel de la lutte contre le virus (lire article).

Toujours le Docteur Allouche, sur la quasi impossibilité pour les startups de se positionner

3 commentaire pour “Préconisation 2 : investir dans la production nationale”

  1. BRUNI-NOGIER Alexandra

    Il est rassurant de s’apercevoir que la communauté scientifique non médicale met ses connaissances et compétences au service de la nation en vue d’une résolution de cette pandémie. Espérons que vous soyez écoutés, pour ma part mon oreille est tout à vous. Alexandra, psychologue.

  2. Héautontimorouménos

    Je suis heureux de voir que, devant l’incompétence et l’incurie criminelle de l’État français, de nombreuses initiatives privées – telles que celle-ci – se fassent jour et prennent des initiatives utiles !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *